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• 10/5/2007 -

A La Poste aussi, les agents doivent penser en termes de marché

 

Un service public métamorphosé en commerce

A La Poste aussi, les agents doivent penser en termes de marché

L’endettement gigantesque de France Télécom (70 milliards d’euros), dont le PDG, M. Michel Bon, vient de démissionner, éclaire les conséquences de la privatisation rampante d’un service public lorsqu’il se soumet à la logique des « alliances » et de la finance, et qu’il acquiert à tour de bras des entreprises survalorisées. C’est à présent les secteurs de l’électricité et du gaz qui s’engagent dans une logique d’entreprise privée, alors même que la santé financière d’EDF inspire les plus vives inquiétudes en raison d’investissements internationaux aventureux et de la féroce concurrence provoquée par l’ouverture au marché. Quant à La Poste, dont le rôle social et territorial rivalise presque avec celui de l’école, ses dirigeants n’ont eu de cesse que de discipliner leurs agents pour extirper leur culture de service public. On verra ci-dessous comment ils les conditionnent pour leur faire transformer l’usager en client.

Par Gilles Balbastre

Le 15 octobre 2001, à Luxembourg, les ministres des quinze pays de l’Union européenne s’accordaient après quelques controverses à poursuivre l’ouverture à la concurrence des services postaux. Mais, pour désamorcer les résistances à la politique du tout-libéral, ces mêmes ministres décidaient de lâcher du lest par étapes successives, en 2003 et en 2006, tout en repoussant normalement la déréglementation totale à l’année 2009 (1). Le secrétaire d’Etat français à l’industrie, à l’époque M. Christian Pierret, pouvait claironner dans les médias  : « Cet accord préserve le service postal et lui donne sur dix ans la visibilité nécessaire pour continuer à se développer au service des populations sur l’ensemble du territoire (2). » Quelques mois après cette brillante « victoire » de Luxembourg, Forum, le mensuel d’information du groupe La Poste, répondait à l’ancien ministre socialiste : « Etre en permanence à l’écoute des besoins de ses clients, répondre au mieux à leurs attentes, s’adapter à leurs évolutions. La démarche est aujourd’hui partagée par la plupart des entreprises, publiques comme privées (3). » Depuis le début des années 1990, c’est avec beaucoup de cynisme que les différents gouvernements, socialistes compris, ont conduit une politique de dérégulation des services de la poste et des télécommunications (lire « La mort lente d’une entreprise nationale »).

Dans l’attente du cap fatidique de 2009, les dirigeants de La Poste n’ont eu de cesse que de transformer profondément l’établissement public afin de l’adapter à « un marché de plus en plus concurrentiel ». L’ex-président du groupe, M. Martin Vial, débarqué début septembre 2002, s’exclamait au lendemain du 15 octobre 2001 : « Cet accord est stimulant, car il va nous amener à poursuivre notre modernisation, à renforcer la qualité de nos services aux clients et à développer de nouvelles offres en France et en Europe (4). »

Une telle opération de transformation exige la conversion des quelque 320 000 postiers à l’idéologie de marché, ou, comme le précise par euphémisme M. Patrick Widloecher, directeur de la communication du groupe La Poste, de « faire de tous les postiers des acteurs associés du changement (5) ». La mission est d’autant plus sensible qu’il existe dans cet établissement public une tradition syndicale contestataire et une culture du service public. Une majorité de postiers n’affichent pas autant d’enthousiasme que leurs dirigeants à l’idée de « s’adapter en permanence aux besoins des clients, accompagner - voire devancer - les tendances des marchés (6) ». La déconfiture de leurs collègues de France Télécom est là pour rappeler à la majorité d’entre eux le danger d’une privatisation rampante et les conséquences d’une ouverture effrénée à la concurrence.

Nouvelle idéologie, formatage des employés

Tout au long des années 1990, les dirigeants successifs de La Poste ont donc déployé une stratégie de formatage des employés à la nouvelle idéologie de l’entreprise : communication interne intense, évaluation incessante des agents, apprentissage des nouveaux procédés de vente. Les journaux de l’entreprise, activement distribués au domicile même de chaque postier, constituent un excellent instrument pour mesurer l’intensité de ce qu’on peut qualifier d’opération d’endoctrinement (7).

En premier lieu, la notion de client, qui a fait son apparition au milieu des années 1990, a effacé celle d’usager, mot qu’il est dorénavant interdit de prononcer dans le moindre établissement (8). Les phrases du type « La satisfaction du client est au cœur du plan stratégique : plus de clients, et plus de clients satisfaits  (9) » font écho aux lignes directrices des différents plans stratégiques élaborés par la hiérarchie. Leurs intitulés résument une ligne idéologique infantilisante : « APCC » (Agir pour chaque client) et « BCCC » (Bien chouchouter chaque client). M. Vial n’a pas dérogé à la règle. Le client a été la clé de son discours comme de celui de n’importe quel PDG de n’importe quelle entreprise privée : « Il faut consacrer nos énergies à mieux satisfaire les attentes de nos clients d’aujourd’hui et à anticiper celles de demain (10). » Ce que n’avoue pas M. Vial - il le laisse dire par une des consultantes dont regorgent ses journaux internes -, c’est qu’il y a client et client : « Attention : savoir conquérir, développer et fidéliser les clients est nécessaire, mais insuffisant. Encore faut-il que ces clients soient rentables. Cela suppose qu’ils aient été ciblés de manière à correspondre à la stratégie de l’entreprise. Car tout client n’est pas bon à prendre, et encore moins à fidéliser (11). »

La communication interne va alors construire une figure du postier moderne, d’abord préoccupé des besoins des utilisateurs « bons à prendre ». Depuis deux ans, l’attention cible ceux qui occupent une position stratégique dans l’entreprise : « Les guichetiers sont les premières personnes que rencontre le client qui entre dans un bureau de poste. (...) On leur demande d’avoir une part active dans la vente des produits courrier/colis, services financiers ou produits tiers, et la gamme commercialisée se diversifie continuellement pour répondre aux besoins, garder ou conquérir une nouvelle clientèle. On leur demande aussi de donner aux clients l’envie de revenir et d’utiliser les services et les produits de La Poste (12). » Rares sont les numéros des journaux internes qui échappent à l’interview d’un guichetier, véritable Stakhanov des temps modernes, à qui la direction fait réciter les mots d’ordre du moment : « J’ai pris conscience que, pour mieux servir le client, il faut reformuler ses besoins pour satisfaire au plus près sa demande. Et penser à la vente additionnelle. (...) Une amélioration des ventes est possible en informant davantage les guichetiers pour qu’ils disposent d’une meilleure connaissance produits ou en changeant des habitudes comme une assistance artificielle des clients. Mais le remède le plus sûr est que chacun prenne conscience que pour réussir il suffit d’oser, oser proposer pour vendre (13). »

La mission assignée au guichetier ne diffère guère de celle que définissent les professionnels de la « relation client ».Même attention hypocrite (avec les sempiternelles formules du genre « La satisfaction du client passe par une bonne compréhension de son besoin ») ; même jargon emprunté à celui des centres d’appels téléphoniques (14) ; même détermination à individualiser au maximum l’acte de consommation ; même discours démagogique destiné à masquer la volonté de « plumer » le « bon client » rentable. En revanche, l’attention portée à l’usager n’a plus droit de cité. Fini ce qu’on appelle désormais l’« assistance artificielle des clients », c’est-à-dire les aides que le guichetier pouvait rendre à certains usagers comme les personnes âgées (par exemple coller un timbre ou remplir un formulaire) et vive « la vente additionnelle », c’est-à-dire l’écoulement systématique des nouveaux produits mis sur le marché à un rythme frénétique. Il faut matérialiser chez les postiers les objectifs du plan d’action commercial. Celui de 2002 préconise par exemple l’initialisation en quatre étapes d’une méthode de vente « guichet » : « préalable (se rendre disponible), pré-contact (anticiper et accueillir), contact (proposer) et après-contact (vente additionnelle, encaissement) ».

Le conditionnement des guichetiers a bien sûr pour but de faire vendre, mais surtout des produits à forte valeur ajoutée, afin d’augmenter le chiffre d’affaires, qui est devenu l’obsession des équipes dirigeantes. Responsable des ventes réseaux, M. Philippe Henry martèle : « Pour rattraper le retard important sur le chiffre d’affaires global courrier, il est nécessaire de mettre en avant les gammes stratégiques du courrier telles que les prêts-à-poster, prêts-à-suivre, les prêts-à-expédier, et surtout le compte client Pro privilège  (15).  » Là encore, la communication interne se charge de relayer les bonnes initiatives du terrain : « 8 632 euros de chiffre d’affaires. C’est le résultat de l’implication et du professionnalisme des postiers de Bruyères-et-Montberault, qui ont su détecter un important besoin en produits et services courrier colis chez le client  (16). »

Ces produits à forte valeur ajoutée ont vocation à remplacer peu à peu les timbres classiques, les enveloppes ou le colis jaune de base (disparu des bureaux de poste). La communication interne veille à ce que les directives des commerciaux débouchent sur la création de postiers modèles : « La vente devient un réflexe, explique Brigitte. Les clients nous demandent un timbre, on leur propose un prêt-à-poster. Ils veulent expédier un paquet, nous leur conseillons la solution la mieux adaptée - Distingo, ColiPoste, Chronopost - en fonction de leurs besoins (17). » Les « solutions les mieux adaptées » le sont d’abord pour La Poste, un peu moins pour l’usager, qui voit ses dépenses sensiblement augmenter : les produits préaffranchis coûtent davantage que l’achat séparé d’une enveloppe ou d’un colis et d’un timbre.

Dans la ligne de France Télécom, La Poste s’éloigne de son ancienne mission de service à la collectivité. L’un de ses directeurs explique : « Nous travaillons pour élaborer les enquêtes de satisfaction clientèle que nous faisons réaliser régulièrement afin (...) de concevoir de nouveaux produits et services, et de lancer de nouvelles propositions commerciales (18). » Le souci d’individualiser la consommation à l’extrême passe par la commercialisation incessante de nouveaux prêts-à-poster (ou PAP) personnalisés : « Bonne année », « Bonne fête », « Bonjour l’Europe », « Bonnes vacances », « Bonne retraite », « Carrément foot », Astérix (à l’occasion du lancement du 31e album), à l’effigie de Miss France, etc.

La vente des PAP donne lieu à des compétitions internes, des « stims » (pour « stimulations »), destinées à motiver les troupes et à les infantiliser un peu plus : « Le challenge PAP Star est lancé sur toute l’année 2002. Son objectif : développer le chiffre d’affaires des produits stratégiques courrier. Les participants seront classés en fonction des points acquis. Ces points sont attribués suivant les caractéristiques stratégiques des produits vendus. Par exemple, une souscription d’un compte Pro privilège rapporte 200 points ; une souscription d’une réservation philatélique 20 points. (...) Le premier lauréat gagnera un voyage au soleil pour deux personnes d’une valeur de 1 500 euros (19). » Les suivants reçoivent des paniers-repas... Les 320 000 postiers pourront ensuite admirer les photos des gagnants et, surtout, s’inspirer des propos des vainqueurs : « Ma motivation résidait dans l’envie de réussir, d’obtenir rapidement des résultats et ainsi d’être reconnu  (20). »

La tension imposée aux salariés, arc-boutés vers les objectifs de chiffres assignés tout au long de l’année et infantilisés par des enjeux primaires, facilite l’encadrement de toute contestation. Deux étapes essentielles favorisent cette conversion idéologique. Tout d’abord, l’ensemble des guichetiers passent par des stages de formation du genre « Objectif découverte » qui inculquent les nouveaux impératifs professionnels (avec un programme quasi scientologique d’« ouverture des sens pour reconnaître son client »). Pendant un à deux jours, les postiers doivent se mettre en scène dans des jeux de rôles où leur sont enseignées des règles de savoir-être comme le BRASMA (Bonjour-Regard-Attention-Sourire-Merci-Au revoir), de conduite comme le OQQ (Où-Quand-Quoi), permettant de favoriser la vente des nouveaux produits courriers, colis, financiers que s’empressent d’inventer les services marketing.

La communication interne célèbre ces moments de dressage, à l’image de « Valérie », qui pavoise à l’issue de son stage : « C’était génial, j’aime l’imprévu, tout ce qui décoiffe, j’ai beaucoup aimé (21). » La formation se prolonge sur le terrain par de multiples séances d’« encouragement ». Le maillage est total, relayé par un petit encadrement à qui l’on demande de marteler les slogans managériaux parfois destinés à faire peur : « Rémi Marbeuf est devenu animateur d’équipe à l’agence Chronopost de Bobigny. (...) Je suis ici pour motiver les agents de distribution et pour qu’ils atteignent les objectifs professionnels que nous avons définis ensemble. (...) Je ne cache pas aux agents qu’ils doivent desservir au moins 48 points de passage ; en deçà, l’agence n’est pas rentable - productivité et qualité obligent (22). »

Les périodes de formation sont ensuite relayées par un important travail de contrôle qui place ainsi les agents dans une tension permanente. Les guichetiers subissent des évaluations incessantes. Un suivi guichet mensuel permet au chef d’équipe d’observer et de noter pendant vingt minutes la prestation du guichetier, notamment dans sa pratique du BRASMA ou dans sa propension à placer des ventes additionnelles. Les journaux internes présentent la séance de débriefing sous un jour idyllique : « Accompagnée d’un animateur des ventes, Michèle suit l’entretien entre le client et le guichetier, puis fait le point séparément avec ce dernier. L’accompagnement ne consiste bien sûr pas à juger ses performances, mais à travailler avec lui les points forts et les points faibles de son argumentation, à identifier ses difficultés et à l’aider à progresser. »

Un bilan des ventes permet chaque mois de déterminer le niveau du ratio « vente de produits à valeur ajoutée, vente produits courrier ». Le résultat du premier chiffre doit être supérieur à celui du second. « Valérie », qui a obtenu le meilleur ratio Pilote de son bureau, dévoile entre les lignes l’ambiance qu’entraîne ce genre d’objectif : « Je suis parmi les meilleures localement, mais une émulation existe, on me talonne. J’aime le contact et les challenges, j’ose proposer (23). »

Un « visiteur mystère » déguisé en client

Enfin, l’entretien annuel d’appréciation conditionne en grande partie la carrière des agents : il « doit être mis à profit pour établir le bilan des réalisations de l’année et fixer les objectifs de l’année à venir. (...) L’appréciation globale qui finalise chaque entretien se traduit par une lettre : E pour excellent, B pour bon, A pour à améliorer et D pour résultats insuffisants. (...) L’entretien d’appréciation est donc un moment important dans la vie du postier, puisqu’il peut avoir une influence sur la mobilité, la rémunération ou la promotion (24). » L’obtention d’une note inférieure à E peut freiner la progression de carrière. La politique de surveillance des agents ne serait pas complète sans l’irruption d’un « visiteur mystère » : un employé de La Poste déguisé en client vérifie le bon accueil des guichetiers et leur faculté à appliquer le BRASMA.

Le rappel à l’ordre s’insinue dans les moindres parcelles de la vie professionnelle. Chaque guichetier reçoit un sous-main sur lequel sont inscrits les nouveaux produits à vendre et les règles de conduite à suivre : « Le client, je l’accueille (BRASMA), je découvre son besoin (OQQ), je valide la découverte de son besoin avec lui grâce à la phrase magique pour obtenir le oui du client. Les produits : préconiser les cinq basiques toute l’année : tous les prêts-à (PAP Courrier, Coliposte, PAE), la Lettre Suivie, la Philatélie, la Téléphonie (cartes recharges, coffrets, cartes Kertel). »

Il est difficile de décrire toutes les conséquences intellectuelles, psychologiques et sociales d’une telle entreprise de conditionnement et d’infantilisation. Aucune étude n’a encore été entreprise sur les effets de ce bouleversement structural. Les quelques informations disponibles sont issues des sections syndicales, principalement celles de la CGT-PTT et de SUD-PTT, pour qui la tâche devient plus compliquée à mesure que la répression se développe. Un certain nombre de troubles dépressifs, d’arrêts maladie, de démissions, voire de suicides, sont évoqués par les différents comités d’hygiène et de sécurité (CHS). Le degré d’adhésion, de résistance et/ou de souffrance des agents est fonction d’un certain nombre de paramètres : fragilité ou non du statut professionnel (contractuel ou fonctionnaire), ancienneté, degré de conscientisation politique, appartenance à un syndicat, etc. Mais l’importance du dispositif mis en place pour convertir les agents de La Poste constitue un bon indicateur de l’ampleur de l’opération et de la souffrance dans laquelle elle plonge vraisemblablement un grand nombre d’agents.

Un an après la décision du 15 octobre 2001, le groupe La Poste est précipité dans une révolution interne entreprise depuis le début des années 1990. Ses conséquences sur les salariés passent plutôt inaperçues dans les grands médias. Les 320 000 postiers affrontent une imposition idéologique du type de celle que les 160 000 agents de France Télécom ont connue au moment de leur conversion aux « joies » du libéralisme. Le sursis obtenu à Luxembourg constitue un leurre. Il permet surtout d’alimenter le discours de ceux qui prétendent défendre une certaine idée du service public tout en œuvrant concrètement à le détruire. Mêlant les références aux missions historiques de l’opérateur public et les sentences les plus banalement commerciales, M. Martin Vial a symbolisé ce double discours : « Je ne souhaite pas "banaliser" La Poste, mais, au contraire, trouver les voies pour qu’elle soit encore plus performante dans toutes ses activités concurrentielles et, en même temps, dans ses missions d’intérêt général. Nous devons donc être imaginatifs, et créer ainsi, ensemble, La Poste de demain (25). » Le répit de Luxembourg aura-t-il pour seule conséquence de permettre aux nouveaux dirigeants de l’établissement public d’achever leur entreprise de conditionnement de ses salariés avant la déréglementation totale ?

Gilles Balbastre.

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• 10/5/2007 -

Un service public métamorphosé en commerce

 

Le mouvement de déréglementation que connaît le service postal en France débute en 1987. Il s’appuie sur deux postulats étroitement liés : toujours plus d’Europe, toujours plus d’ouverture à la concurrence. Mais le démembrement de l’ancien édifice des postes et télécommunications (PTT), symbole des services publics auquel la population a été et reste attachée, n’a pu se faire que parcimonieusement, avec une certaine duplicité. Quelques dates-clés ont jalonné cette évolution.

Février-mars 1987 : Sous l’intitulé des « chantiers de liberté », M. Gérard Longuet, ministre délégué chargé des postes et télécommunications du gouvernement de M. Jacques Chirac, introduit par décrets la concurrence dans les domaines des cabines téléphoniques, de la télévision par câble, des services téléinformatiques et du radiotéléphone. Il tente de changer les statuts des PTT, mais, à un an de l’élection présidentielle de 1988, fait machine arrière.

Avril 1989 : M. Hubert Prévot, ancien commissaire général du Plan de 1981 à 1984, ancien secrétaire confédéral de la CFDT et membre du Parti socialiste, remet un prérapport à M. Paul Quilès, ministre des PTT de Michel Rocard, sur « la place du service public de la poste et des télécommunications » en France. Il évoque « un service public à vocation industrielle et commerciale, qui ne peut ignorer les lois du marché ».

Avril 1989 : M. Quilès, ministre des postes et télécommunications, estime, à propos du rapport Prévot, qu’« on ne dirige pas de grands ensembles comme les PTT avec un rétroviseur ni avec une godille ». Deux mois plus tard, il affirme que « le statu quo n’est pas possible, dans la mesure où il se traduirait par un déclin inéluctable et par l’abandon du service public ».

Août 1989 : Le rapport définitif d’Hubert Prévot sur l’évolution des PTT préconise de créer « deux personnes morales de droit public », l’une pour la Poste et l’autre pour France Télécom, et ouvre la porte à une modification du statut des 435 000 agents.

Août 1989 : M. Lionel Jospin, ministre de l’éducation nationale, se déclare hostile aux propositions du rapport Prévot.

Août 1989 : M. Gérard Longuet, député UDF, estime que le rapport Prévot, « un travail remarquable », « va dans le bon sens ».

Septembre 1989 : M. Michel Rocard, premier ministre, répond aux détracteurs du rapport Prévot : « Il n’y a pas de pire menace que le statu quo destructeur (...). Si on ne fait rien pour la Poste, dans dix ans, ce sera la sidérurgie (1). »

Mai 1990 : L’Assemblée nationale adopte la réforme des PTT par 284 voix (dont les 272 élus PS) contre 45 (dont les 26 députés communistes). Le 1er janvier 1991, La Poste et France Télécom perdent leur statut d’administration et deviennent deux établissements autonomes de droit public.

Mai 1992 : La Commission européenne publie un Livre vert favorable à un « dépoussiérage » des Postes nationales en introduisant des éléments de concurrence entre service public et entreprises privées.

Juin 1993 : la Commission européenne fixe au 1er janvier 1998 l’ouverture totale du secteur des télécommunications à la concurrence.

Mai 1995 : M. Lionel Jospin, premier secrétaire du Parti socialiste, signe une pétition du syndicat SUD contre la privatisation de France Télécom.

Juin 1996 : M. François Fillon, ministre des télécommunications du gouvernement Juppé, fait voter la loi abolissant le monopole de France Télécom. Le groupe socialiste dépose une motion de censure. Six mois plus tard, France Télécom devient une société anonyme.

Mai 1997 : Le programme électoral du Parti socialiste dénonce la « purge libérale » que constituent l’« accélération des privatisations » et le « démantèlement des services publics ». M. Dominique Strauss-Kahn précise : « Parce qu’il y a mission de service public, les socialistes souhaitent que France Télécom reste avec un capital à 100 % public. »

Octobre 1997 : Le gouvernement de M. Lionel Jospin fait entrer France Télécom en Bourse.

Décembre 1997 : La Commission et le Parlement européens adoptent une directive ouvrant à la concurrence toute correspondance d’un poids supérieur à 350 grammes ou affranchie cinq fois le prix de base.

1er janvier 1998 : Ouverture à la concurrence du marché européen des télécommunications.

Juin 1999 : M. Karel Van Miert, commissaire européen chargé de la concurrence, explique : « La libéralisation du marché des télécoms était une priorité. Le développement technologique était tel que le monopole n’était plus de mise. Le service était souvent médiocre, les tarifs beaucoup trop élevés. Maintenant, que voit-on ? La création de plusieurs centaines d’entreprises, en France comme dans tous les autres pays de l’Union ! Quand on s’engage vraiment, il y a création nette d’emplois (2). »

Décembre 2000 : M. Martin Vial, jusqu’alors directeur général, est nommé président du groupe La Poste. Entré en 1989 au cabinet de M. Paul Quilès, il est l’un des cinq artisans de la réforme des statuts des PTT.

Avril 2001 : M. Martin Vial nomme M. Daniel Caille directeur général du groupe La Poste. Celui-ci quitte son poste de directeur général adjoint de Vivendi Universal.

Octobre 2001 : A Luxembourg, les quinze ministres européens chargés de la poste et des télécommunications s’accordent à poursuivre par étapes l’ouverture à la concurrence des services postaux dans l’Union européenne.

Septembre 2002 : M. Michel Bon, PDG de France Télécom, annonce une perte historique de 12,2 milliards d’euros pour le 1er semestre 2002, qui s’ajoutent aux 57,5 milliards de dette déjà enregistrés à la suite d’acquisitions ruineuses réalisées sans que l’Etat, actionnaire majoritaire, intervienne, par peur d’être taxé... d’interventionnisme. Le prix de l’action de France Télécom atteint 10 euros, loin de son cours d’introduction en Bourse, en octobre 1997 (27,75 euros). M. Bon démissionne. M. Martin Vial est remplacé à la tête de La Poste.

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• 10/5/2007 -

Contrat programme 2006-2008 entre l’Etat et Barid Al-Maghrib et

 

Contrat programme 2006-2008 entre l’Etat et Barid Al-Maghrib et

les impératifs du mouvement syndical agissant au sein de BAM

 

 

 

Introduction :

 

L’Etat, représenté par le ministre des finances et de la privatisation et le ministre délégué auprès du premier ministre chargé des affaires économiques et générales ; et Barid Al-Maghrib (BAM), représenté par son Directeur général ; ont signé dernièrement un contrat dit Contrat programme visant à définir les engagements réciproques de l’Etat et BAM concernant le secteur de la poste et des services financiers ainsi que le plan stratégique de BAM. Il couvre la période 2006-2008 s’alignant sur le plan stratégique appelé « Vision 2008 » adopté par l’administration de BAM. Ce contrat n’est pas le premier du genre. Il fait suite à celui couvrant la période 2002-2004.

 

Dans son préambule, on y lit que l’Etat s’engage d’accompagner BAM, je cite « en lui accordant une plus grande flexibilité en termes de gestion, particulièrement le gestion de ses ressources humaines (RH), mise en œuvre de ses projets de textes réglementant le secteur (définition du service universel et son financement, réforme des services financiers, accélérer la transformation de BAM en Société anonyme (SA). ». On voit bien, le ton est donné dès le préambule. En un mot, ce Contrat programme vise à préparer notre établissement au changement de son cadre institutionnel et à la réforme de la poste et ce, dit-on au préambule, en conformité avec les engagements pris par l’Etat vis-à-vis de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC).

 

Venons dès à présent au contenu de ce Contrat programme : Ce contrat commence en effet par énumérer les engagements de BAM (Titre I) en matière de plans et objectifs stratégiques (stratégie du courrier/messagerie et services financiers), présence postale, management, sécurité et conditions de travail, qualité, « modernisation » de la gestion des RH, formation, « politique » sociale, externalisations d’activités, audit externe, programme d’investissement, plan de financement et gestion de la trésorerie, respect des engagements financiers, responsabilités sociale et environnementale, bonne « gouvernance », coopération internationale, tarification, contribution au budget de l’Etat, transformation de BAM en SA.

 

Ensuite, le Contrat consacre un titre (titre II) aux engagements de l’Etat. Ces engagements s’articulent autour de la gestion des RH, du cadre réglementaire régissant la poste et services financiers, nouveau statut juridique de BAM, et la garantie de l’Etat pour les éventuelles opérations de financement des mutations attendues.

 

En annexe, le Contrat apporte des chiffres prévisionnels pour tous les objectifs énumérés ci-dessus.

 

S’il est très utile d’analyser les différentes clauses de ce Contrat vu l’importance extrême de leur mise en œuvre sur l’avenir du secteur et notamment du service universel et de la mission de service public assigné à BAM, nous allons nous limiter dans cette lecture aux retombées de la mise en œuvre de ce Contrat sur les RH de BAM et sur le devenir de notre établissement et son impact sur les usagers que sont essentiellement issus des classes populaires.

 

A-     Engagements de BAM :

 

I-                    Gestion des RH :

 

En effet, et relativement à cette question qu’est la gestion des RH, dans le titre II (article 10), BAM s’engage entre autres à établir « une nouvelle grille de classification du personnel entraînant une variation de la rémunération qui sera indexée sur les résultats de l’entreprise ». Alors, bonjour la flexibilité de rémunération et adieu la rémunération statutaire (minimum garanti). Cet article parle franchement de la variabilité de la rémunération sans parler d’un minimum garanti et fixe (qui est un acquis qu’il ne faut en aucun cas outrepasser). Le Contrat parle aussi dans le même article « de nouvelles règles de recrutement, de mobilité, d’avancement et de promotion visant la valorisation du professionnalisme et le mérite » ; et ce en remplacement, semble t-il du Statut particulier du personnel. Nous n’avons cessé depuis des années de revendiquer que l’actuel Statut du personnel soit amendé de telle sorte d’intégrer nos revendications et de supprimer les articles et dispositions attentatoires aux droits naturels des salariés. Et voilà qu’on vient nous ‘’promettre’’ de telles choses ambiguës. Nous ne manquerons pas de signaler au passage que la loi 24/96 régissant le secteur de la poste et télécommunications (article 100) auquel fait référence d’ailleurs ce Contrat interdit toute rétrogression dans les situations administratives et sociales des salariés de BAM par rapport à celles qui étaient en vigueur pendant l’ex-ONPT.

En matière de formation (article 11), la couleur est là aussi annoncée : le commercial. En effet, il y est fait mention de privilégier l’approche commerciale (bien que citée aux côtés des N.T.I.C) pour atteindre les objectifs commerciaux.

Bref, l’ensemble des dispositions dont BAM s’engage d’amorcer selon un calendrier précis de 2006 à 2008 en matière de gestion des RH ont pour objectif majeur de préparer et même anticiper (comme c’est le cas déjà pour nombre de dispositions) le passage annoncé de BAM d’un établissement public à une SA régie par le droit privé.

 

II-                   Externalisation :

 

BAM s’engage aussi, conformément à ce Contrat, à externaliser un ensemble d’activités selon un calendrier précis, qualifiées d’annexes sous prétexte de se concentrer sur son core business (courrier/ messagerie et services financiers). Ainsi, est-il cité le transport du personnel (pour 2007), le nettoyage et gardiennage des locaux (déjà dans la pratique), les travaux d’impression (2006-2007), la gestion du centre d’estivage d’Asilah (2007), les prêts sociaux au logement et toute activité qui sera jugée annexe par BAM. Chose qui sera inévitablement (comme il a été le cas lors de l’externalisation du nettoyage et gardiennage des locaux) par une forte mobilité (le Contrat y concède bien qu’il dit vouloir préconiser la reconversion professionnel des agents impactés par l’opération). Laquelle opération qui se réalise souvent au détriment des agents concernés et malgré leur volonté vu les possibilités limitées d’accueil offertes.

Nous considérons cette ‘’politique’’ d’externalisation entreprise par BAM (comme par ailleurs les autres établissements et administrations) comme un désengagement pur et simple d’un grand nombre de prestations et de taches (notamment celles à caractère social : transport, prêts au logement, estivage, centres médico-sociaux, etc.). Au lieu et place de renforcer et former le personnel en charge de ces taches pour pouvoir gagner en coût et en qualité. L’argument avancé (rapport qualité/prix) est à notre avis trompeur puisqu’il se base seulement sur des hypothèses (absence dans le système actuel d’outils opérants permettant le calcul précis des coûts de ces prestations). Et donc point de possibilité de comparaison dans le cas d’externalisation. En plus, chacun sait combien sont exorbitants les montants d’externalisation de certaines tâches. Sans parler des retombées négatives sur la situation du personnel impacté par cette opération.

En somme, l’externalisation, la sous-traitance et compagnie ne sont à notre sens que les ingrédients d’une libéralisation tous azimuts et au fait imposés par le discours dominant de ‘’bonne gouvernance’’, ‘’productivité et rendement’’, ‘’efficacit钒, et tout le reste du jargon connu parmi les milieux libéraux. 

 

III-                 Transformation de BAM en SA :

 

Conformément à ce Contrat, BAM s’engage, à prendre toutes les dispositions nécessaires à cette transformation et ce, et c’est ça le comble, conformément au projet de loi établi par le Gouvernement à cet effet. Il y est fait état de procédures juridiques et comptables à prendre par BAM. C’est la première fois, qu’une partie s’engage à prendre des mesures concrètes conformément à un projet de loi qui est toujours un projet (comme son nom l’indique) et dont les termes ne sont pas définitifs. Ce projet de loi relatif au statut juridique de BAM pourrait être retiré –du moins en théorie- sinon, au moins amendé. Comment s’engager donc à prendre des mesures en conformité avec un projet de loi ?!!!

 

B- Engagement de l’Etat :

 

I-                    Gestion des RH :

 

L’Etat s’engage (article24) à accorder à BAM, je cite « une flexibilité croissante en matière de gestion des ressources humaines et lui permettre de recourir au recrutement de nouveaux profils qui l’accompagneront dans son plan de développement « vision 2008 » ». Tout est dit ou presque. La notion de flexibilité est désormais entrée en vigueur selon les termes de ce Contrat avant même que le statut juridique ne soit transformé. Pire, cette notion a été voulue par le patronat lors des négociations avec les centrales syndicales sur le Code de travail et elle n’a été obtenue que partiellement et par la force des choses (rapports de force) sur le terrain et ce grâce aux luttes de la classe ouvrière et son refus du projet du Code de travail. Voilà l’Etat, qui se dit garant de l’application des lois, octroyer à un établissement (public de surcroît) une flexibilité croissante en matière de gestion des RH.

Pire, l’article 24 poursuit : « La flexibilité croissante se traduira notamment dans trois volets :

·         En matière de gestion interne, Barid Al-Maghrib aura une large latitude à prendre toute décision dans le respect des objectifs de gains de productivité et de maîtrise de la masse salariale. Le statut interne pourra lui-même évoluer dans le respect de la législation et de la réglementation en vigueur ;

·         Compte tenu des besoins accrus en compétences liés à la mise à niveau, Barid Al-Maghrib procédera à des recrutements de contractuels aux conditions du marché dans la limite de 10% de l’effectif des cadres titulaires. Ces recrutements respecteront les mêmes objectifs de productivité et de maîtrise de la masse salariale globale. ».

Le mot a été lâché : gain de productivité et maîtrise de la masse populaire peuvent donner raison à toute décision en matière de gestion des RH : Ce qui veut dire en clair toute décision de licenciement ou de départ ‘’volontaire’’ en vue de ‘dégraisser’ l’effectif. Eh oui, l’Etat s’engage à cautionner toute décision de ce genre. Vive ‘’l’Etat de droit’’ tant entonné ! Le recrutement de contractuels à la limite de 10% des cadres titulaires introduit la notion de contrat à durée déterminé et négocié (CDD) et pénalise le droit naturel des jeunes marocains de se porter candidats par concours à ces postes.

II- Elaboration et mise en œuvre  des projets de textes réglementant le secteur :

L’article 25 du Contrat renouvelle l’engagement de l’Etat à mettre en œuvre les projets de textes législatifs et réglementaires à même de favoriser et de permettre d’atteindre les objectifs annoncés audit Contrat. Il est clair qu’il s’agit ici de la libéralisation du secteur et d’une éventuelle séparation d’activités au sein de BAM.

III- Transformation en SA :

L’Etat (article 26) s’engage à accélérer ce processus. L’arsenal argumentaire est le même pour toutes les démarches précédentes de transformation des établissements publics en sociétés anonymes et/ou de privatisation (à savoir : assouplir la gestion, accroître les capacités à faire face aux mutations de l’environnement concurrentiel et de développer l’autonomie dans les choix de croissance interne et externe et de partenariats stratégiques, pouvait-on lire dans ce Contrat).

 Voilà, tout est y dit. L’Etat est déterminé à liquider le service public de la Poste et libéraliser le secteur pour une éventuelle privatisation des activités les plus profitables. La mise en place des pôles augure de cette volonté de séparation des activités.

Fi donc du service public universel !des sacrifices de toutes les générations qui ont bâti ce secteur depuis l’ère du colonialisme ! Fi des masses populaires qui forment la majorité écrasante des usagers de BAM !

C- Impératifs du mouvement syndical face à cette situation :

Devant cette réalité, qu’est la détermination de l’Etat à activer le processus de transformation du cadre juridique de BAM et la mise en place de procédures et règles régissant le personnel (introduction de flexibilité, nouveau régime de rémunération, de mobilité, de promotion, etc.) qui sont à même de menacer les acquis en matière de stabilité de l’emploi et d’acquis sociaux, les composantes du mouvement syndical agissant au sein de BAM (UMT, CDT et FDT) sont appelées à saisir la sensibilité de l’époque que traverse BAM. Il est impératif de reposer la question de la stabilité de l’emploi, le refus de la libéralisation et de la privatisation du secteur et du droit des usagers à un service universel public de qualité. Il est néanmoins utile de garder la mobilisation des postières et postiers, ne serait-ce que pour des revendications matérielles et sociales et ne pas briser toute opportunité de résistance.

Nous réitérons ici notre appel aux militants et militantes des trois syndicats à plus de vigilance et au débat sur les démarches à entreprendre pour la sauvegarde de nos acquis et la conquête d’autres revendications. Seul un front syndical unifié pourrait mener cette conquête.

Vive l’unité des postières et postiers, vive le syndicalisme authentique et combatif !

 

Militant syndical

Rabat le 05/05/2007

 

 

 

 

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